Tout indique que le terme de privilège exorbitant, fut exprimé pour la première fois par Valéry Giscard d'Estaing, lors de la Conférence monétaire de Tokyo de septembre 1964. De Gaulle fait référence à cet évènement lors de sa Conférence de Presse du 4 février 1965. Il y dit concrètement: "La France préconise que le système (monétaire international) soit changé. On sait qu'elle l'a fait, notamment, lors de la Conférence monétaire de Tokyo". C'est, donc, Giscard d'Estaing, alors ministre des finances, qui a exposé les conceptions monétaires du Gouvernement du Général de Gaulle. Par conséquent, le concept du privilège exorbitant, quoi qu'il ait été prononcé par Giscard d'Estaing, est l'expression même de la perception gaullienne de l'ordre monétaire de l'époque. Cette perception, notons-le, est totalement étrangère à la conception monétaire que Giscard a défendu depuis la rencontre des Açores - entre Nixon et Pompidou, le 13-14 décembre 1971 -, et ce jusqu'à nos jours. Pour de Gaulle, en tout cas, comme il le dit dans sa Conférence de décembre 1967, en faisant référence à ce privilège: "La France souhaite que soit mis un terme à cet abus dans l'intérêt de l'univers tout entier". Le fait est que depuis les Accords de Washington, du 18 décembre 1971, l'ordre monétaire international est celui de l'étalon-dollar. Donc, un ordre où le privilège est encore plus exorbitant que celui auquel faisait référence le Général: le système de l'étalon de change or. En effet, à l'époque le billet vert était garantie par les réserves or des États-Unis, ce qui n'est plus le cas depuis les Accords de Washington, dont nous venons de faire référence.